L'énigme de l'Atlantide

Réflexions et interprétations d’une mémoire perdue

Par   Mohammed Chaouki Zine

 

« Opus Magnum »
Une leçon magistrale de la mémoire humaine

De toute cette odyssée atlante si fascinante et surprenante, maintes leçons à retenir et à promouvoir pour ne pas laisser la seconde humanité sombrer dans une prétention et mégalomanie démesurées.

 Dans un verset coranique [2], nous pouvons lire : « Ton seigneur a dit aux anges : “Je vais établir sur terre un suppléant (Khalifa). Établiras-tu sur terre, répliquèrent-ils, quelqu’un qui y mettra la corruption, y fera couler le sang, alors que nous exaltons ta louange et te déclarons saint ? Je sais ce que vous ne savez pas, répondit-il” ».  Selon les commentaires coraniques, celui d’Ibn Abbas (le pionnier du commentaire du Coran), dans ce dialogue les anges savaient déjà qu’il y avait, auparavant, une humanité puissante, prospère et heureuse jusqu’à le jour où elle a sombré dans la terreur, les guerres, les haines et les déchirures. Elle n’avait récolté que ce qu’elle avait semé, c’est-à-dire la destruction et l’extinction à jamais. Ibn Abbas dit : « Il y avait des génies (Djinns) sur terre avant les enfants d’Adam. Ils ont corrompu et verser le sang. Dieu leur a envoyé une tribu d’anges pour les tuer. Les survivants d’entre eux se sont réfugiés dans des îles et des sommets de montagne et Dieu fit d’Adam et de ses enfants les suppléants ». 

Ce commentaire suggestif évoque certaines caractéristiques atlantes lorsqu’il parle de génies (pouvoir surnaturel, puissance scientifique et érudite, capacité mentale et psychique, etc.), de survivants, après l’extinction de leur race ou civilisation, qui se réfugient dans les îles et les montagnes épargnées, de suppléants (Khulafa’, pluriel de khalifa qui, en arabe, signifie « suppléant ») pour dire que les enfants d’Adam « suppléent » une autre humanité corrompue. Le commentaire parle de Djinn qu’on aimerait traduire par « génie » pour désigner le pouvoir ou l’aptitude spirituelle et surnaturelle qu’avaient les atlantes et n’a rien avoir avec un « djinn » invisible (quoique !) qui, selon le discours théologique, a été créé de feu et « l’homme » a été créé de terre. Mais le commentaire évoque explicitement « effusion du sang », ce qui laisse entendre qu’ils étaient des humains en chair et en os ou, mieux dire, des « génies ou djinns » ayant des facultés surnaturelles et ésotériques enveloppés dans un habitacle corporel. (chacun l’interprétera là où son intuition le mène).

Ceci est un signe d’alarme pour la seconde humanité pour qu’elle ne sombre pas, à son tour, dans une folie meurtrière entraînant, par là, sa propre destruction. Malheureusement, les signes indiquent que la mémoire humaine est, par essence, amnésique. Elle oublie le serment qu’elle avait pris, le serment de préserver sa nature et de fortifier son esprit. Elle substitue ce serment par un parjure qui la mène vers la décadence des morales et la montée des mégalomanies et des guerres. 

La résurgence de l’Atlantide secouera les dogmes figés et remettra incontestablement en cause l’idée d’une humanité homogène qui progresse graduellement. Le progrès technologique et scientifique n’a pas d’ailleurs de temporalité propre. Depuis cent ans nous assistons à une accélération effrayante des découvertes et des inventions allant jusqu’à la modification génétique et le clonage, quelque chose qui était impensable et n’a pas été initié depuis des siècles, voire des millénaires. Quelle sera notre face dans quelques décennies, voire dans quelques siècles ? Nous ne devons pas oublier que ce progrès scientifique était accompagné d’un pourrissement moral et décadence dans les mœurs. Jamais l’humanité n’avait réuni un progrès scientifique moteur et prometteur et une descente vers les enfers avec les deux guerres mondiales du 20ème siècle, les massacres, les xénophobies, les haines et les génocides. Glas! L’heure s’approche pour mettre l’humanité devant son propre destin et, enfin, la terre ne pourra pas supporter autant de douleurs, de destructions, de génocides et de folies sur son dos. Dans une fureur que personne ne saurait comprendre, sauf les sages déchiffrant les langages et décryptant les messages, elle avale dans son ventre ce qui, amèrement, se produit sur son dos. 

Ainsi était le sort de l’Atlantide dans son pourrissement sordide. Bref, la flèche de la mémoire humaine n’est pas linéaire, mais cyclique. Il n’y a pas un progrès permanent et graduel, mais des soubresauts et des mutations faisant que la fin s’articule avec le commencement comme dans un cercle où le point de départ n’est que le point d’arrivée et donc la fin d’une humanité est le commencement d’une autre, dans un état drôlement primitif! Cette articulation extraordinaire de la fin et du commencement fait qu’en parlant d’une fin imminente, les récits sacrés (bibliques, coraniques, etc.) ne parlent en réalité que d’un commencement déjà initié et attendu. Les cataclysmes « à venir » dans un avenir sombre et hermétique ne sont que des catastrophes déjà produites, jadis, avec l’humanité antécédente. Autant que l’on pronostique sur le futur, on diagnostique, en réalité, le passé. Le futur était déjà inscrit dans le passé et le passé n’était qu’un signe et un signal d’un futur drôlement similaire. Mais y a-t-il un esprit judicieux pour saisir ces subtilités dans une écoute poétique de ce que son environnement lui murmure ?

Avec l’éventuelle résurgence de l’Atlantide, nous nous trouvons devant une « aletheia » [3] comme vérité éclairante et dévoilante, c’est-à-dire une puissance mnémonique comme scintillement et miroitement lointain dans l’horizon. L’Atlantide est une « archéologie » de la mémoire humaine qui creuse au fond de ses strates étagées et superposés afin de révéler ses valeurs intrinsèques. La quête rétrospective de cette humanité perdue est une quête introspective dans notre propre humanité afin de tirer les leçons magistrales pour empêcher les inégalités, les injustices, les abus et les outrances.

 

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