L'Atlantide

Pour ou contre ?

 

Depuis le jour où Platon rapporta au monde  les explications d'un certain prêtre de Saïs, la question de l'Atlantide n'a cessé de soulever les passions.

Aristote (384-322 avant JC), disciple de Platon, fut l'un des premiers â mettre en doute l'existence du continent disparu; il n'est pas absurde de croire que cette attitude négative lui fut dictée par la jalousie. Aristote - qu'importunait la gloire de son maître - crut trouver dans la négation de l'existence de l'Atlantide un moyen de discréditer quelque peu Platon aux yeux de ses contemporains. Manœuvre à la fois mesquine et contradictoire, puisqu'Aristote n'hésite pas à citer, dans ses écrits, une île située au milieu de l'Atlantique et baptisée Antilia par les Carthaginois!

Au contraire, Krantor, autre disciple de Platon, soutint la véracité des dires de son maître et affirma avoir vu personnellement les colonnes sur lesquelles était gravée l'histoire des Fils de Poséidon...

Hérodote, au Ve siècle avant notre ère, parle des Atlantes " qui tirent leur nom d'une montagne appelée Atlas, ronde et conique, qui va en s'amincissant, si haute, dit-on, que son sommet est invisible, les nuages ne le quittent jamais, ni l'été ni l'hiver... ". Et Thycyde (460-400 avant JC) d'écrire dans les Guerres du Péloponnèse: " La mer â Orobiaï en Eubée, se retirant de ce qui était alors la côte et se soulevant en une énorme vague, recouvrit une partie de la ville; puis elle se retira en certains points, mais en d'autres l'inondation subsista, et ce qui était jadis la terre est aujourd'hui la mer. Les gens qui n'avaient pu se réfugier sur les hauteurs périrent. Une inondation semblable se produisit dans le voisinage d'Atlantë, une île de la côte des Opuntian Locri. "

Au premier siècle de notre ère, Diodore de Sicile évoque un royaume " divisé entre les fils d'Uranos, dont les plus célèbres étaient Atlas et Chronos. Parmi ces fils, Atlas reçut pour sa part les régions de la côte de l'océan, et il ne donna pas seulement le nom d'Atlantioï â ses peuples, mais appela également Atlas la plus haute montagne du pays. On disait aussi qu'il avait été le premier â présenter â l'humanité la doctrine de la sphère; et c'était pour cette raison qu'on croyait que les cieux tout entiers reposaient sur les épaules d'Atlas. "

Tertullien (180-240 après JC) n'hésite pas à rappeler que " parmi les îles, Délos n'est plus... Samos est un tas de sable... Dans l'Atlantique, on cherche en vain cette île de la taille de la Libye ou de l'Asie; lorsque le côté de l'Italie, coupé en plein centre par la violente secousse des mers asiatiques et tyrrhénienne, ne laisse d'autre vestige que la Sicile... " Et Arnobius Afer, écœuré par cette mode fâcheuse qui tend, au troisième siècle de notre ère, â rendre les chrétiens responsables de toutes sortes de maux, de s'interroger amèrement: " Est-ce notre faute si, voilà 10.000 ans, un grand nombre d'hommes s'enfuirent de l'île qu'on appelle l'Atlantide de Neptune, comme nous le dit Platon, et ruinèrent et anéantirent d'innombrables tribus ? "

L'historien romain Marcelinus (330-395 après JC) fait état de tremblements de terre qui " ouvrirent d'énormes bouches et engloutirent des portions de la terre; ainsi dans la mer Atlantique, sur 1a côte d'Europe, une grande île fut avalée... "

Se référant à " certains historiens de la mer extérieure ", le néo-platonicien Proclus (410-485) écrit: " il y avait dans cette mer sept îles, consacrées en leur temps â Perséphone, et trois autres de grande taille dont l'une consacrée à Pluton, une â Ammon et une à Poséidon, celle-ci ayant une surface de mille stades. Ils disent également que les habitants de cette île consacrée â Poséidon conservaient le souvenir de leurs ancêtres, et de l'île atlantique qui se trouvait là, merveilleuse, en vérité, qui avait dominé pendant des siècles toutes les îles de la mer Atlantique et était également consacrée à Poséidon... "

Quant à Pline l'Ancien, au livre VI de son Histoire naturelle, il écrit: " A l'opposite du golfe Persique et vis-à-vis de la côte d'Éthiopie, est située l'île Cerné. On ne connaît au juste ni sa grandeur ni sa distance. Polybe place cette Cerné à l'extrémité de la Mauritanie, vis-à-vis du mont Atlas, à huit stades du continent. Cornelius Nepos parle d'une Cerné à laquelle il ne donne pas plus de deux milles de circuit. En face du mont Atlas est, dit-on, l'île Atlantide, passé laquelle, à cinq journées de navigation, la terre ne présente plus que des déserts... "

En refusant au continent disparu toute possibilité d'existence, les ennemis de l'Atlantide ont adopté, et continuent d'adopter, une attitude certes contestable mais unitaire. Et il est sans doute dommage que, sur ce dernier point, les amis de l'Atlantide n'aient pas cru bon devoir les imiter. En se trompant de cible, en confondant l'essentiel et 1e secondaire, en se souciant moins du message traditionnel transmis par l'Atlantide à la postérité que de la localisation de l'île fabuleuse, ils se sont lancés dans une mauvaise querelle qui ne pouvait que les affaiblir et discréditer un peu plus, aux yeux d'un public naturellement sceptique, la cause qu'ils s'imaginaient défendre...

C'est ainsi qu'au XIVe siècle, Bory de Saint-Vincent voit dans les Açores et les îles Canaries des vestiges de l'Atlantide. Au XVIIe siècle, Rudbeck place l'Atlantide en Scandinavie. Le Père Kirsher, jésuite, la place au centre de l'Atlantique. Francis Bacon la voit en Amérique. Un siècle plus tard, Baër la localise en Palestine tandis que l'astronome Bailly l'installe en Mongolie. Au XIXe siècle, Godron l'imagine enfouie sous le Sahara. Etienne Berlioux la situe également en Afrique du Nord. Quant à Donnelly, d'accord avec Platon, il la range en plein Atlantique; ajoutant: " fondateurs de la quasi-totalité de nos arts et de nos sciences ; ils (les Atlantes) furent les pères de nos croyances fondamentales; ils furent les premiers civilisateurs, les premiers navigateurs, les premiers commerçants, les premiers colonisateurs de la terre; leur civilisation était ancienne alors que l'Égypte naissait, et il allait s'écouler des milliers d'années avant que l'on ne songe même à Babylone, Rome ou Londres. Ces disparus étaient nos ancêtres, leur sang coule dans nos veines; on entendait prononcer dans leurs villes, leurs cours et leurs temples, sous leur forme primitive, les mots que nous utilisons quotidiennement. Chaque lignée de race et de pensée, de sang et de croyances ramène à eux. "

Donnelly n'était pas sans avoir examiné les travaux de Brasseur de Bourbourg, et d'Auguste Le Plongeon, tendant à prouver l'existence de nombreuses similitudes cultuelles, culturelles et eschatologiques entre la civilisation maya du Yucatan, et celle de l'Atlantide.

Citons à ce propos un extrait d'une traduction des hiéroglyphes relevés par le Plongeon sur la pyramide de Xochicalco, au Mexique: " Une terre dans l'océan est détruite et ses habitants meurent tués afin d'être transformés en poussière... " Cette " terre dans l'océan " désigne-t-elle Mû, l'Atlantide, ou les deux continents à la fois ?

En début de siècle, l'écossais Lewis Spence penche pour l'existence de deux Atlantides: celle de Platon et une autre, située non loin de l'actuelle mer des Sargasses...

Les archéologues allemands Schulten, Herman, Henning et Jessen identifient l'Atlantide â la fameuse Tartessos, île placée à l'embouchure du Guadalquivir.

Les français Butavand et Jolleaud - rejoignant Berlioux et Borchard - situent l'Atlantide en Afrique du Nord et la font déboucher dans le golfe de Gabès.

Des savants russes la localisent en mer Caspienne ou en Crimée. Des savants espagnols en Espagne. Des allemands en Allemagne. Des irlandais en Irlande. Des suédois en Suède. Des vénézuéliens au Vénézuela...

L'explorateur Léo Frobénius identifie les Atlantes aux guerriers Yoruba (Nigeria) qui sévissaient aux environs de 16000 ans avant JC dans une contrée dont Solon nous dit... " qu'elle était recouverte d'une végétation luxuriante, que des plantes chargées de fruits fournissaient nourriture, boisson et médicaments, qu'elle produisait «l'arbre au fruit vite corrompu » (la banane) et d'agréables épices (le poivre), qu'on y trouvait des éléphants, que le pays produisait du cuivre et que les habitants portaient des vêtements d'un bleu profond... "

Jürgen Spanuth situe l'Atlantide dans l'île d'Héligoland, en mer du Nord, tandis que Galanopoulos et Bacon la voient à Santorin (Crète). Convenons que ces deux hypothèses non conformistes sont extrêmement séduisantes. Héligoland - appelée par les grecs Electris à cause de ses riches gisements d'ambre - signifie " Terre Sainte " . Elle joua dans l'Antiquité un rôle commercial non négligeable et connut une série de tremblements de terre dont le plus important eut lieu vers 1500 ans avant JC. Elle ne put remplir le rôle d'intermédiaire - généralement attribué à l'Atlantide - entre les civilisations sud-américaines et méditerranéennes. Elle ne fut, semble-t-il, qu'une colonie atlante. Idem pour Santorin, en mer Égée. Sa destruction brutale, en 1500 avant JC, a le mérite d'expliquer l'étrange disparition, au milieu du deuxième millénaire avant notre ère, des civilisations crétoise et mycénienne. Mais rien d'autre.

Par contre, l'Atlantide Atlantique défendue par Paul Le Cour et ses continuateurs (responsables et membres d'Atlantis) correspond à la localisation donnée par Platon et par la Tradition. Signalons au passage qu'Atlantide et Atlantique possèdent une racine identique et renferment les consonnes tl que l'on retrouve dans Quetzalcoatl, Popocatépetl, Toltèque, Aztlan, Atlas - noms historiques ou géographiques toujours .en usage de part et d'autre de l'Atlantique.

Quant aux arguments scientifiques et archéologiques favorables à cette hypothèse, ils ne manquent pas. La disparition de l'Atlantide - 9500 ans avant notre ère -- correspond au recul de glaciation enregistré lors de la naissance du Gulf Stream. Ensuite, il existe une chaîne dorsale su milieu de l'Atlantique. Et celle-ci réserve â ses explorateurs bien des surprises. C'est ce que rappelle Immanuel Vélikovsky dans ses Grands Bouleversements terrestres. " Le professeur M. Ewing, de l'université de Columbia, a publié en automne 1949 le rapport d'une expédition faite dans l'océan Atlantique, et dont les explorations portèrent spécialement sur la région de la crête médiane de l'Atlantique, cette chaîne montagneuse orientée du nord au sud au fond de l'océan, dont elle suit le dessin général. La crête, ainsi que les parties du fond océanique situées à sa droite et à sa gauche, révéla aux membres de l'expédition une série de faits qui constituent " de nouvelles énigmes scientifiques. "

" L'une d'elles fut la découverte de sable de plage préhistorique... sable remonté, dans un cas, d'une profondeur de 3200 mètres, et, dans l'autre cas, d'une profondeur de 5600 mètres, loin de tout endroit où des plages existent actuellement. "

Normalement, comme le souligne Vélikovsky: " il ne devrait pas y avoir de sable grossier sur les fonds éloignés des côtes, car le sable se forme sur les terres et sur le socle continental, qui constitue le rebord littoral de l'océan et de ses mers. "

Le professeur Ewing se trouva donc devant un dilemme: ou la terre s'était abaissée de 3200 à 4800 mètres, ou la mer avait jadis été de 3200 à 4800 mètres plus basse qu'aujourd'hui. Il s'interrogea: " Si la mer fut jadis 3200 mètres plus bas, où toute l'eau supplémentaire a-t-elle pu se rendre? > . Car, comme le rappelle Vélikovsky: " On considère comme une vérité admise en géologie que les mers n'ont pas changé leurs fonds, sauf quand des eaux peu profondes ont envahi des régions continentales basses. Il était donc difficile d'accepter cette surprenante constatation, que le fond de l'océan eût jadis fait partie de la terre ferme. "

Autre sujet d'étonnement: on admettait communément que le fond de l'océan fût recouvert d'une épaisse couche de sédiment, puisque celui-ci était censé s'y accumuler depuis des temps immémoriaux. Or, sur les bassins flanquant la crête médiane de l'Atlantique, Ewing s'aperçut que la couche sédimentaire avait moins de trente mètres d'épaisseur. Elle était notamment composée de poussières volcaniques, de poussières continentales apportées par le vent, de cendres de météorites brûlées et de < poussières cosmiques venant de l'espace extra-atmosphérique et se répandant incessamment sur le globe. " L'expédition remonta également " des roches de type igné (c'est-à-dire ayant subi l'action du feu) des flancs et des sommets de la crête, ce qui signifie que des volcans sous-marins et des flots de lave s'y sont manifeste. " Il y avait aussi, à 1100 mètres de profondeur, " du granit et des roches sédimentaires de types qui durent, à l'origine, avoir fait partie d'un continent. "

Ainsi, le très sérieux professeur Ewing admettait l'existence d'un continent en plein océan atlantique! Mais, soucieux de ne point passer pour hérétique aux yeux de ses pairs, il s'empressait d'ajouter: " Il n'y a pas lieu de croire que cette puissante masse montagneuse sous-marine ait le moindre rapport avec la légendaire Atlantide perdue, que Platon décrit comme s'étant engloutie sous les vagues. "

Un continent: soit ! Mais pas l'Atlantide. Surtout pas l'Atlantide !

Pourtant, les indices permettant de croire en l'existence de l'Atlantide sont légion: quasi absence de sédiments épais sur les bassins jouxtant la crête médiane de l'Atlantique, présence de roches ignées, de sable préhistorique, de granit et de roches sédimentaires " de types qui durent à l'origine avoir fait partie d'un continent ", découverte du mur cyclopéen de Bimini avec ses racines de manglier fossilisées, présence de tachylite (lave basaltique qui se vitrifie à l'air libre) près des Açores, nombreuses analogies entre les civilisations sud-américaines et africaines (pyramides, emploi du bronze, momification) ne pouvant s'expliquer que par l'existence d'une terre intermédiaire, mentions de mystérieux civilisateurs venus de l'Est pour les anciennes civilisations d'Amérique du Sud, et de l'Ouest pour les Égyptiens. Autant de constatations confirmant les dires de Platon, et permettant de croire en l'hypothèse de l'Atlantide. Une Atlantide que ne contrarie nullement la théorie dite de la " dérive des continents " de Wagener. Une Atlantide qui - en vingt-quatre heures - fut expédiée brutalement au fond des eaux.

Elle ne fut pas la seule. Ma-Noa, ville d'or bâtie sur une île, que chercha en vain Marcel Homet, fut engloutie au milieu d'un lac de la Serra do Pari-Ma. Héliké fut submergée, dans le golfe de Corinthe, lors d'un tremblement de terre. Elle resta visible des siècles durant à la grande joie des touristes romains qui venaient contempler la statue de Zeus se détachant dans l'eau claire. En Inde, les ruines d'une cité immergée gisent au large de Mahabalipuram, dans la province de Madras. Idem dans le golfe du Mexique, près de Cozumel. En France, il est question de la ville d'Ys engloutie près des côtes bretonnes. En U.R.S.S., les ruines d'une cité antique ont été découvertes dans la baie de Bankou.

En mer Égée, près de Mélos, un archéologue qui cherchait les bras de la Vénus de Milo, a trouvé incidemment une ville gisant par 120 mètres de fond. Une ville a également été découverte au large des côtes péruviennes. On parle d'une cité couvrant 4 hectares de fonds marins au nord de Cuba. Des sondages sous-marins effectués au large du Vénézuéla ont permis de localiser un mur de plus de 150 km de long. Un mur dix fois plus petit a été détecté, de la même façon, au large du cap de Hatteras. Sans parler du mur de Bimini découvert dans le fameux triangle des Bermudes. Quant â la célèbre Tartessos, que cherchèrent en vain les professeurs Schulten, Jessen, Herman et Henning, on pense qu'elle gît actuellement quelque part à l'embouchure du Guadalquivir.

Au musée national de Madrid, un ancien livre maya baptisé Codex Cortesianus, relate la disparition brutale du continent alors situé dans le Pacifique: " Par son bras puissant Homen causa un tremblement de terre qui eut lieu au coucher du soleil et pendant la nuit, Mû, le pays des collines de terre, fut submergé. (...) A deux reprises, Mû sauta de ses fondations; il fut alors sacrifié par le feu. Il explosa, secoué violemment de haut en bas par des tremblements de terre. " Et le document de Lhassa, découvert par Schliemann dans un vieux temple bouddhique de la ville de Lhassa, au Tibet, et qui, d’après le colonel James Churchward, précise : " Quand l'étoile de Bal (météorite) tomba sur le lieu qui n'est maintenant que ciel et mer, les sept villes avec leurs portes d'or et leurs temples transparents frémirent, et furent secouées. comme des feuilles dans la tempête; et un déluge de feu et de fumée s'éleva des palais. (...) La terre (de Mû) et tous ses habitants furent mis en pièces et engloutis dans les flots. ".

Descriptions qui nous rappellent étrangement le texte de Platon selon lequel, en l'espace d'un jour et d'une nuit terrible, des secousses telluriques violentes, des cataclysmes ravagèrent l'île Atlantide et la firent disparaître dans la mer.

Une Atlantide embrasée par le feu du ciel puis noyée dans l'eau de la terre.

A cause de la folie des hommes...

Extrait du livre de Roger Facon, "Quand l'Atlantide resurgira..."
éditions Alain Lefeuvre

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