Les hiéroglyphes

L'écriture hiéroglyphique 

Le mystère qui entoure l'écriture hiéroglyphique et la fascination qu'elle exerce tiennent à deux caractéristiques qu'il importe de bien distinguer: la nature des éléments, les hiéroglyphes, qui sont des images: et la structure de son système qui combine trois catégories de signes.

Une écriture figurative

Les éléments de notre écriture, les lettres, ne représentent qu'elles-mêmes. Au contraire, les éléments de l'écriture égyptienne, les hiéroglyphes, sont figuratifs, c'est-à-dire qu'ils représentent des êtres ou des objets de l'univers pharaonique. Au demeurant, même un profane peut identifier du premier coup d'œil, par exemple, un soleil, un oiseau ou bien une barque. Les hiéroglyphes constituent donc des images. traitées comme les autres images de l'art pictural égyptien, selon les conventions propres à l'art égyptien: ainsi. le signe de l'homme assis a-t-il la tête vue de profil, le torse de face, les jambes et les bras de profil, etc. .

NéfertaryPlus encore, il arrive que, dans une même scène, un objet soit présent à la fois en tant que partie du tableau et en tant que signe d'écriture. C'est le cas dans l'image de gauche ; sur un guéridon entre la reine Néfertary et le dieu Ptah, est posée une bandelette avec cinq filets de frange entre lesquels se trouvent quatre fils dont les extrémités se croisent (en projection verticale). Or, dans la colonne médiane des trois colonnes d'inscriptions qui surmontent la bandelette. un hiéroglyphe (en cadré de rouge) reproduit cette bandelette à l'identique (bien qu'elle ne comporte plus que deux filets et un seul fil).

Mais alors, qu'est-ce qui permet de distinguer le signe d'écriture de la simple représentation, puisqu'il est image, lui aussi ? Ce sont trois contraintes spécifiques

Le calibrage: les proportions respectives des hiéroglyphes ne correspondent nullement aux proportions réelles des êtres et objets dont ils sont les images.

La densité de l'agencement : alors que les représentations se détachent au milieu de larges blancs. les hiéroglyphes sont disposés de manière à occuper le plus possible l'espace alloué. Ils y sont répartis en " quadrats ", unités idéales divisant cet espace, et dont ils occupent le quart, le tiers, la moitié ou la totalité. selon leur morphologie et leur entourage. Il n'y a pas de séparation entre les mots et les phrases.

L'orientation : dans une même ligne ou dans une même colonne, les signes représentant des êtres animés et, plus généralement, les signes dissymétriques sont tous orientés dans la même direction, qui est celle du point de départ de la lecture. Cette lecture peut se faire de droite à gauche ou de gauche à droite, horizontalement, et aussi verticalement de haut en bas, chaque groupe se lisant de droite à gauche ou de gauche à droite. I1 y a donc quatre types majeurs d'agencement des signes.

Trois éléments de base

Le système hiéroglyphique se fonde sur la combinaison de trois catégories de signes les phonogrammes, les idéogrammes et les déterminatifs.

Les phonogrammes.

Contrairement à ce qu'on imagine souvent, le système hiéroglyphique est en partie phonétique. Nombre de signes fonctionnent comme phonogrammes, c'est-à-dire qu'ils écrivent un son fondamental (phonème) ou une séquence de sons fondamentaux. Cette fonction résulte d'un processus d'abstraction, analogue au rébus, et par lequel on utilise une image non pour signifier ce qu'elle représente, mais seulement pour la valeur phonétique de ce qu'elle représente; ainsi le hiéroglyphe de la hase (femelle du lièvre) sur la figure 3 n'est pas utilisé le plus souvent pour écrire "hase ". mais pour écrire les deux sons fondamentaux qui entrent dans le nom égyptien de la hase, W et N. Ces phonogrammes sont toujours consonantiques, c'est-à-dire qu'ils n'écrivent que les consonnes ou les semi-consonnes comme W et Y. Donc, l'écriture hiéroglyphique ne note pas les voyelles. Aussi, pour le lecteur moderne, recourt-on à la pratique suivante : entre les consonnes de la transcription d'un texte hiéroglyphique, on intercale des e (ou des o) purement conventionnels (ils seront ici toujours écrits en minuscules).

Il y a trois catégories de phonogrammes, les phonogrammes à un seul son ou signes alphabétiques, les phonogrammes à deux sons et les phonogrammes à trois sons.

Les phonogrammes à un son, qui n'écrivent qu'une seule consonne, sont appelés signes alphabétiques. L'écriture égyptienne comporte 24 consonnes fondamentales (voir le premier tableau à droite). Ces consonnes fondamentales sont toujours transcrites ici en majuscules. A noter que certaines consonnes, inconnues du français, ont été rendues conventionnellement par A et par Â.

A P H K
 F KH G
I M Z T
Y N S Tch
W
Ou
R Sh D
B H Q Dj

Traduisez votre nom en hiéroglyphes

Les phonogrammes à deux sons : ce sont les signes qui écrivent une séquence de deux consonnes. Puisqu'il y a 24 consonnes, 576 combinaisons sont théoriquement possibles. En fait. seules 90 sont représentées par un phonogramme à deux sons (ou plusieurs pour une même combinaison). 

Les phonogrammes à trois sons écrivent une séquence de trois consonnes. On en compte environ une soixantaine.

Les idéogrammes.

Alors que les phonogrammes écrivent un mot en le décomposant en sons fondamentaux, les idéogrammes saisissent un mot, ou une notion. de manière globale. Par exemple, je peux écrire "dollar" phonétiquement ou bien idéographiquement en utilisant le sigle $ qui fonctionne comme un idéogramme. Les signes employés ram comme idéogrammes représentent ce qu'ils signifient (ce qui n'est pas le cas du sigle $ qui ne représente que lui-même). Toutefois, la relation entre représentation et signification peut être plus ou moins immédiate. Elle est directe, dans le cas de l'enceinte avec un bâtiment dans l'angle, idéogramme pour " enclos, manoir". Elle est indirecte dans le cas du nom du dieu Horus, qui est écrit avec son attribut animalier, le faucon. 

Les déterminatifs.

Ce sont des signes qui, placés à la fin d'un mot, ont pour fonction d'indiquer dans quelle classe sémantique se range le mot qu'ils déterminent. Ce sont donc des classificateurs, purement graphiques, et sans correspondant isolable dans la langue. Par exemple, tout ce qui implique l'idée de violence est déterminé par le bras armé, souvent combiné avec la croix, si s'adjoint l'idée de cassure. Les termes désignant des êtres prestigieux se terminent par l'homme barbu assis. Le déterminatif de l'eau s'emploie avec les mots désignant les étendues d'eau, lés liquides et même avec ceux signifiant " avoir soif " ou " éteindre ".

L'emploi du déterminatif n'est pas obligatoire, mais il joue un rôle important de discriminant. Ainsi, il permet de distinguer deux homophones. Par exemple, les mots " être établi" et " souffrir " s'écrivent tous deux MeN; ce qui les distingue, c'est le déterminatif de l'abstrait (un papyrus scellé), dans le premier cas, le déterminatif du mal (un moineau), dans le second (figure 8). De plus, le déterminatif a l'avantage de délimiter les mots dans la succession continue des signes d'écriture, puisqu'il n'y a pas de blanc d'espacement.

Telles sont les trois fonctions que les hiéroglyphes sont susceptibles de remplir. Si certains demeurent confinés dans une seule de ces trois fonctions, d'autres peuvent en assumer tour à tour deux, voire trois.

Combinaison des signes

La combinaison des trois catégories de signes dépend d'usages et de traditions variables, mais non de règles fixes. Néanmoins, les principes majeurs sont les suivants

Les graphies purement idéographiques sont essentiellement limitées aux noms de divinités ou aux termes du vocabulaire fondamental. Très souvent. l'idéogramme est marqué comme tel par un trait qui l'accompagne: ainsi, le signe de la bouche avec le trait écrit idéographiquement Ro. " bouche, formule"  alors que le même signe sans le trait est le signe alphabétique pour R.

Très fréquemment, les mots sont écrits à l'aide de phonogrammes. généralement suivis d"un ou plusieurs déterminatifs. Ainsi, SeKheR, "plan, directive ", s'écrit avec les signes alphabétiques S, Kh. R, suivis du déterminatif de l'abstrait (le papyrus scellé).

Les phonogrammes sont couramment utilisés de manière redondante, pour expliciter partiellement ou totalement un idéogramme ou un autre phonogramme. Le scarabée peut écrire à lui seul KhePeR, " venir à l'existence, devenir ". Toutefois, on le combine souvent à un signe alphabétique R; l'ensemble ne se lit donc pas KhePeR+R, mais simplement KhePeR, le R étant redondant (" complément phonétique "). Les compléments phonétiques peuvent fonctionner à plusieurs degrés: un idéogramme ou un phonogramme à deux sons ou trois sons peuvent être explicités par d'autres phonogrammes. Ainsi, le mur, idéogramme pour JeNeB. " mur ". peut être explicité par JeN (le poisson) et le signe alphabétique B; mais ce JeN est lui-même explicité par les signes alphabétiques J et N.

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