Les momies

 

Si la momification trouve son origine mythologique " officielle " dans la légende osirienne, elle remonte vraisemblablement au-delà de cette élaboration théologique qui a institué la pratique de l'embaumement plus qu'elle ne l'a inaugurée. En effet, la volonté de préserver le corps de la corruption se rattache aux croyances funéraires les plus anciennes, voyant dans la mort un passage intermédiaire entre deux vies, lors duquel les divers éléments inhérents à l'être humain se dispersaient. Pour que la seconde vie soit possible, il fallait que ces mêmes éléments puissent réintégrer le corps du défunt, et il était donc nécessaire d'assurer sa conservation.

La pratique de l'embaumement ne sera abandonnée qu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne.

momie avec Isis et nephtys

La momification durait en général 70 jours (durée symbolisant vraisemblablement le laps de temps durant lequel l'étoile Sothis disparaissait de la voûte céleste, c'est-à-dire la période entre sa " mort " et sa " résurrection "). Pourtant, s'il s'agissait d'une personnalité importante, comme le pharaon par exemple, l'embaumement pouvait durer plus longtemps, jusqu'à même 10 mois. Dans tous les cas, il se réalisait en plusieurs stades.

vases canopesD'abord, avec un crochet de fer que l'on passait à travers les narines, on extrayait le cerveau, morceau par morceau. Puis au moyen d'une pierre coupante, on ouvrait le ventre que l'on vidait de tous les viscères. Ainsi, le foie, les poumons, l'estomac et les intestins étaient retirés du corps et déposés dans les quatre vases canopes.

Ces vases étaient en effet munis chacun d'un bouchon à l'effigie de l'un des Quatre Fils d'Horus qui veillaient au bon fonctionnement des organes qui, quoique séparés du corps, embaumés et enserrés dans les vases canopes, devaient de nouveau servir dans la seconde vie.

Après cela, on lavait l'intérieur du corps avec du vin, on injectait dans les artères des substances aromatiques. Enfin, on bourrait le ventre de cire, de cassis, de cannelle, oudjade graines de lotus grillées, de myrrhe broyée, de tampons d'étoffe imprégnés d'huile de cèdre ou encore de différents corps gras antiseptiques. La plaie, pratiquée sur le flanc, était alors était recousue ou recouverte d'une plaque de cire ou de métal, représentant l’œil magique d'Horus, l'Oudja, symbole de santé et de plénitude.

Ensuite, il fallait déshydrater la peau, les os, les cartilages restants. Pour cela, le corps était déposé dans un mélange de natron (sel) et de bitume pendant une longue période (Hérodote, qui visita l’Égypte 450 ans avant JC, avance le chiffre de 70 jours, bien qu'il semble que cette durée recouvrait l'ensemble de l'embaumement, ou plus exactement le laps de temps qui séparait la mort de l'enterrement). Après cela, on nettoyait l'extérieur du cadavre.

momiePuis, on emmaillotait les membres et le visage au moyen de fines et longues bandelettes de gaze (certaines faisant jusqu'à 20 m de long) qui avaient été aseptisées dans du goudron et enduites de gomme. On avait auparavant remis le cœur à sa place et remplacé les yeux par des prunelles d'émail, Puis on recouvrait de nouveau le premier bandage à l'aide de bandelettes plus larges, imprégnées d'huiles cosmétiques, et au fur et à mesure, on plaçait un certain nombre d'amulettes, dont les effets magiques assuraient protection et conservation.

Enfin, pour éviter la déformation du corps, on plaçait des tampons protecteurs aux endroits critiques, entre le corps et les bandelettes. Notons aussi que souvent, avant d'envelopper le corps, les embaumeurs teignaient les lèvres et les ongles, les paumes des mains et les plantes des pieds, et maquillaient le visage.

Ainsi, le défunt était-il prêt à rejoindre le royaume des morts lors de l'inhumation, maintenant qu'il avait subi la préparation nécessaire, celle-là même qu'Anubis avait pratiquée sur Osiris.

Et c'est précisément parce que la momification du défunt était assimilée à celle d’Osiris que, parallèlement à ces opérations techniques, il fallait à chaque étapesarcophage momiforme réciter les formules religieuses ou magiques adéquates.

Aussi l'embaumement ne réclamait-il pas seulement des hauts techniciens spécialisés dans la pratique des momies, mais aussi l'affectation d'un prêtre récitant qui assurait la réussite de chaque opération. On comprend fort bien que, dans ces conditions, seule une caste de riches courtisans ou fonctionnaires ait pu s'offrir un tel luxe.

Il existait plusieurs qualités d'embaumement que l'on pouvait choisir à la commande, suivant ses moyens. Hérodote fut stupéfait devant le commerce macabre qu'était devenu, à l'époque, l'embaumement. Mais les plus pauvres, eux, n'avaient même pas à marchander. Ils seraient enterrés dans un simple trou creusé dans les sables du désert, ou dans une fosse commune, sans embaumement, ni cercueil. Mais qu'importe, une simple amulette suffisait à conserver l'espoir du paradis d’Osiris, à préserver cette foi inébranlable de l'Égyptien dans la vie après la mort.

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